Refroidissement, bain-marie, four : la profondeur n'est pas qu'une affaire de litres
Choisir un GN 1/1 de 150 mm plutôt que trois de 65 mm, ce n'est pas seulement acheter un bac au lieu de trois. Dans une cuisine qui pratique le refroidissement rapide, c'est parfois la différence entre un barème tenu et un barème raté. Le marché du bac gastronorme ne l'aborde jamais.
Le refroidissement rapide, et à qui il s'impose
Le texte français est l'arrêté du 21 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables aux activités de commerce de détail, d'entreposage et de transport de produits d'origine animale et denrées alimentaires en contenant, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 7 mai 2020. Son annexe IV, point 1, dit ceci :
« Le refroidissement rapide des préparations culinaires est opéré de telle manière que leur température à cœur ne demeure pas à des valeurs comprises entre + 63 °C et + 10 °C pendant plus de deux heures, sauf si une analyse des dangers validée a prouvé qu'un refroidissement moins rapide reste suffisant pour garantir la salubrité des produits […]. Après refroidissement, ces produits […] sont conservés dans une enceinte dont la température est comprise entre 0 °C et + 3 °C. »
La lettre du texte n'impose pas de partir de 63 °C : elle interdit de séjourner dans la bande 63/10 plus de deux heures. L'administration, elle, l'exprime sous forme de deux points dans ses instructions aux inspecteurs, et le guide du plan de maîtrise sanitaire demande de relever l'heure et la température au départ comme à l'arrivée : relevez les deux points, la courbe ne vous sera jamais reprochée. Le barème est par ailleurs dérogeable sur analyse des dangers validée, et il impose aussi l'aval : une conservation entre 0 et +3 °C, pas « au froid ».
Son champ d'application, ensuite. Cette annexe IV s'intitule « dispositions particulières applicables aux établissements de restauration collective » et s'applique par l'article 6 de l'arrêté. Les établissements en remise directe relèvent, eux, de l'article 8 et des annexes V à VIII, qui ne contiennent aucun barème de refroidissement. Le pendant de cet arrêté pour les denrées autres que d'origine animale est l'arrêté du 8 octobre 2013, bâti sur la même architecture : son annexe II, « Dispositions particulières applicables aux établissements de restauration collective », reprend le même barème des deux heures, et pas davantage la remise directe.
Ce qui s'impose à tous, c'est le règlement (CE) n° 852/2004, dont l'annexe II, chapitre IX, point 6 exige que les denrées destinées à être conservées ou servies à basse température soient « réfrigérées dès que possible » après le traitement thermique, et l'obligation d'analyse des dangers de son article 5. Le barème des deux heures revient ensuite par deux canaux : le guide de bonnes pratiques d'hygiène validé de la filière (celui de la charcuterie artisanale écrit que la cellule « permet […] de passer de 63 °C à 10 °C en moins de 2 heures ») et le plan de maîtrise sanitaire de l'exploitant, lorsqu'il l'y inscrit comme limite critique. Nous vendons le matériel : c'est à votre vétérinaire-conseil ou à votre DDPP, pas à nous, de dire ce qui s'applique à votre établissement.
Le « 5 cm » de hauteur de produit : d'où il vient, et ce qu'il vaut
La profession cite volontiers une épaisseur maximale de cinq centimètres pour refroidir dans les temps. Aucun texte réglementaire français ne fixe de hauteur de produit, et les guides de bonnes pratiques d'hygiène validés ne la chiffrent pas davantage : le guide de la charcuterie artisanale, validé par avis publié au Journal officiel du 24 juillet 2018, demande de « répartir les produits dans plusieurs récipients de façon à limiter l'épaisseur », sans valeur. Le seul « 5 cm » qu'il contient porte sur la congélation : « les portionner en petites pièces, sur une épaisseur faible (5 cm) ».
Le chiffre circule en réalité depuis des recommandations sanitaires nord-américaines et australiennes, où il est lui-même donné comme un exemple et non comme une limite. Il n'a donc pas la valeur qu'on lui prête, ce qui ne veut pas dire qu'il soit absurde : il relève du moyen que l'exploitant choisit et justifie dans son plan de maîtrise sanitaire. Le texte impose un résultat mesuré à cœur ; la profondeur du bac est l'un des leviers pour l'atteindre.
Ce que la hauteur de produit change
Le temps de refroidissement ne croît pas proportionnellement à la hauteur de produit : il croît beaucoup plus vite. En conduction pure, il varie comme le carré de l'épaisseur ; en conditions réelles de cellule de refroidissement, où une partie de la résistance se joue en surface, on retient un exposant d'environ 1,6 sur les bacs peu profonds, qui se rapproche de 2 à mesure que l'épaisseur augmente. L'ordre de grandeur est le suivant, pour un plat cuisiné refroidi en cellule, départ 63 °C, cible +10 °C à cœur :
| Bac GN 1/1 |
Hauteur de produit |
Ordre de grandeur du temps à cœur |
| Profondeur 65 mm |
45 mm |
environ 1 h 30 |
| Profondeur 100 mm |
80 mm |
3 h 30 à 4 h |
| Profondeur 150 mm |
130 mm |
7 à 8 heures |
| Profondeur 200 mm |
180 mm |
plus de 12 heures |
Ce sont des calculs de conduction, pas des mesures : une purée, une sauce et un gratin ne se comportent pas de la même façon, et un liquide très fluide qui convecte sur toute sa hauteur descend plus vite que ce modèle. Les temps absolus sont indicatifs, le rapport entre profondeurs est robuste, et il suffit à la décision. Vingt litres de préparation dans un GN 1/1 de 150 mm n'ont pratiquement aucune chance de passer le barème des deux heures, quelle que soit la puissance de la cellule. Répartis dans trois GN 1/1 de 65 mm, ils entrent dans l'ordre de grandeur où c'est jouable, à valider par votre propre relevé à cœur. Ce n'est pas une affaire de puissance frigorifique, c'est une affaire de géométrie : on refroidit une épaisseur, pas un volume.
La contrepartie, c'est le nombre de niveaux disponibles dans la cellule et le lavage de trois bacs au lieu d'un. À 15,90 € le GN 1/1 de 65 mm, l'arbitrage est rarement budgétaire. Notre article sur la liaison froide détaille le process complet, du refroidissement au stockage en armoire frigorifique ; ses températures sont en cours de mise à jour sur les valeurs citées ci-dessus.
Au bain-marie, la même contrainte en miroir
La température minimale en liaison chaude est fixée par l'annexe I du même arrêté : +63 °C pour les plats cuisinés ou repas livrés chauds ou remis au consommateur. Contrairement au barème de refroidissement, celle-ci s'applique à tous les établissements du champ de l'arrêté, remise directe comprise, et l'arrêté du 8 octobre 2013 reprend la même valeur pour les denrées non animales. Le chapeau de l'annexe précise que les températures doivent être respectées « en tous points du produit ».
« En tous points », c'est toute la difficulté du bain-marie. Un GN 1/1 de 150 mm peut parfaitement afficher 75 °C en surface pendant que son cœur est à 55 °C, parce que la chaleur n'arrive que par les parois et le fond. Le bac peu profond n'est pas un gadget : c'est le moyen le plus simple d'obtenir une température homogène, avec le brassage. Il n'existe par ailleurs aucune tolérance chiffrée en durée permettant de descendre sous les 63 °C : ce que la profession appelle la tolérance renvoie au point 5 du chapitre IX de l'annexe II du règlement 852/2004, qui admet des périodes « de courte durée à des fins pratiques de manutention » sans donner de chiffre. La seule vraie souplesse est la même que pour le refroidissement : une température différente sur analyse des dangers validée ou sur guide de bonnes pratiques validé, par l'article 3 de l'arrêté.
Pour la remise en température, l'annexe IV point 3 fonctionne sur le même principe de durée dans une bande : la température « ne demeure pas pendant plus d'une heure à des valeurs comprises entre + 10 °C et la température de remise au consommateur », laquelle ne peut être inférieure à +63 °C, sauf (là encore) si une analyse des dangers validée montre qu'une température inférieure n'entraîne pas de risque. Et ces préparations « doivent être consommées le jour de leur première remise en température », que l'administration lit comme une consommation dans la continuité de ce réchauffage : ni second refroidissement, ni maintien au chaud prolongé. Notre article sur l'utilisation d'un bain-marie revient sur la conduite au quotidien.
Au four : le bac tient, le joint du couvercle ne tient pas
Les plages d'emploi publiées par les fabricants varient : on trouve −40 à +280 °C chez certains, −30 à +300 °C chez d'autres, et plusieurs ne publient rien du tout. Ce n'est pas une limite métallurgique (l'acier va bien au-delà) mais une plage déclarée, qui borne l'engagement du fabricant sur le produit fini, ses soudures et sa finition, et qui sert de base à sa déclaration de conformité au contact alimentaire. Autrement dit, un chiffre générique ne vous apprend rien : demandez-nous la valeur de la référence qui vous intéresse.
Le point qui coûte le plus cher en cuisine n'est pas là : un couvercle à joint silicone est donné de −40 à +180 °C, soit une centaine de degrés de moins que le bac qu'il ferme. Enfourner un bac couvert à 220 °C détruit le joint, pas l'acier. Nos couvercles sont des couvercles inox à poignée, sans joint, mais la règle vaut pour tout couvercle étanche que vous auriez par ailleurs. Aucun texte français ou européen ne fixe d'ailleurs de température maximale d'emploi pour un silicone alimentaire : le règlement (UE) n° 10/2011 exclut explicitement les silicones de son champ, à son article 2 paragraphe 2, le cadre français est l'arrêté du 25 novembre 1992, et la seule limite opposable reste celle que le fabricant déclare, parce que la conformité se démontre pour un couple durée/température donné.
Enfin, pour cuire à la vapeur dans un four mixte, le bac perforé a un intérêt réel : l'essentiel de la chaleur est transmis là où la vapeur condense à la surface du produit, et un bac plein l'empêche de circuler sous les pièces, qui cuisent alors par conduction dans leur condensat. Nous ne référençons pas de bac GN perforé pour le moment ; nous avons en revanche deux plats perforés GN 1/1 au rayon plaques et grilles. Si votre process demande un bac perforé, dites-le-nous : la question revient régulièrement et nous la remontons au fournisseur.